27 avril 2010

Vers une démocratie importée ou à construire ?

La démocratie  d'aujourd'hui est une démocratie libérale représentative fondée sur le pluralisme des opinions et des partis. Elle est née d’une longue élaboration historique qui débute au XVIIème siècle en Angleterre, puis gagne les Etats-Unis (1776-1787) et la France (1789), le reste de l’Europe. Les grands combats du XIXème siècle ont permis l’obtention de constitutions connaissant les libertés fondamentales et la souveraineté nationale par l’élection de représentants, d’abord le plus souvent censitaire et progressivement au suffrage universel masculin. Les femmes commencent à réclamer le droit des votes, les partis politiques s’organisent.
La dynamique de démocratie se poursuit au XXème siècle montrant que la démocratie est un processus en construction. G. David «rappelle qu’il n’existe pour la démocratie et son avenir aucune solution théorique écrite d’avance ni aucune garantie de quelque nature qu’elle soit, elle est le régime de l’interrogation permanente et toujours un régime à construire ».
Elle est un état de droit, c’est-à-dire la soumission de l’autorité au droit au même titre que tous les autres citoyens, qui repose sur trois piliers :
• la légitimation des dirigeants élus ;
• la séparation des trois pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire);
• et l’indépendance du système judiciaire et des médias.
La démocratie est avant tout un état d’esprit basée sur : la participation, la consultation, la communication et la souveraineté.
C’est dans le souci de rejoindre les autres pays démocratiques que les Guinéens se préparent à élire leur président de la république le 27 juin 2010, avec pour supports: un fichier électoral irrégulier, l’ignorance de la personnalité des différents prétendants, un effectif pléthorique de 125 candidats pour un nombre entre 10 000 000 et 12 000 000 d’habitants. Il importe aussi de signaler que les partis politiques pour la plupart ont été créés sur la base ethnique et régionale sans idéologie avec des objectifs divergents des candidats que je me permets de classer en trois catégories:
1) Ceux qui même si leur pourcentage est faible sont animés d’une réelle volonté de servir notre nation en la sortant du bourbier dans lequel il est plongé depuis quelques décennies, ils ont des convictions et une vision générale de la Guinée;
2) Ceux qui, sachant qu’ils n’auront pas le fauteuil présidentiel, misent sur d’éventuels alliances afin de bénéficier des postes de ministre ou de député, veulent le pouvoir pour se servir en profitant de la gratuité des avantages en nature qui s’y attachent : véhicule de service avec chauffeur à disposition, carburant, logement de fonction et autres ;
3) enfin, ceux qui redoutent d’être rattrapés par leur passé jalonné de crimes de sang et économique en vue de bénéficier de l’humilité puis perpétuer le même mode de gestion des biens et des personnes.
A ces inquiétudes de la mal gouvernance s’ajoutent: la corruption, l’impunité, le clientélisme, le laxisme, l’ethnocentrisme, le régionalisme, le trafic de drogue, l’insécurité, la prostitution, la délinquance juvénile, la pauvreté absolue avec plus 53.6% de la population touchées, l’exclusion, les frustrations, suspicions, le chômage des jeunes, la fracture sociale et la délation qui sont devenus une « norme ». Un pays où les compétences et la probité morale sont considérées comme des crimes.
Compte tenu de ce contexte socio-politique de notre pays et pour une transition apaisée, l’idéal serait que tous les acteurs de la transition se mettent autour d’une même table afin de définir les bases d’un véritable changement avant  l’échéance électorale présidentielle du 27 juin 2010, de prendre en compte les autres dimensions de la société : paix, économique, sociale, culturelle, politique etc.
Et dans le souci d’impliquer tous les citoyens aux prises de décisions, il est nécessaire :
de mettre en place  l’ensemble des dispositifs et procédures en organisant d’abord les élections communales, régionales et parlementaires avant l’élection présidentielle ;
d’exiger que chaque candidat ait un certain nombre de signatures des maires pour être présidentiable;
d’éviter de reconduire les personnes qui ont contribué à détruire notre pays si nous voulons d’un changement radical.
et enfin recourir à la démocratie directe (référendum) en vue de l’adoption de la nouvelle constitution retouchée par les membres du CNT. L’actuel Président Américain Obama  n’a-t-il pas dit que les Africains n’avaient pas besoin d’hommes forts, mais d’institutions fortes.
Nous Guinéens, devons construire notre démocratie en prenant en compte les réalités du terrain car un système politique importé qui ne tiendrait pas compte des aspirations profondes des populations est anti-démocratique.

Que « Dieu » bénisse la Guinée !
Marie José YOMBOUNO
Présidente de l’AGFDH
France

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