27 avril 2010

Les mineurs électeurs en Guinée: quelles fraudes sur le fichier électoral!

Lors des premières phases du recensement en 2008, quand nous avons dénoncé ici-même sur cet espace l’enrôlement massif des mineurs encours sur les listes électorales, quelqu’un nous a écrit pour déverser sa bile sur nous. Imbéciles, arrêtez de dire un tel mensonge monstrueux … ! Nous insultait-il. Ce Monsieur ignorait que nous avions des preuves de ce que nous avancions. Seulement nous nous sommes réservés de publier les images des enfants de cette école privée dont les plus âgés n’avaient pas encore  13 ans et qui étaient tous inscrits sur la liste électorale. Cette autocensure se justifiait par le fait que celui qui nous a fait appel pour être témoins oculaires risquerait de perde son travail d’enseignant.  Il nous a cas même permis de comprendre la façon dont s’organisait cette fraude originale.

Au fait, au début quand cet ami nous a informé d’une telle manœuvre qui se passait en longueur de journée dans une école privée de la banlieue de Conakry où lui-même enseignait, il a ravivé les tentions qui animait le débat dans le bar café. Nous avions tous rétorqué que c’est faux. Comment est ce possible d’inscrire sciemment sur la liste électorale des enfants qui sont si loin de  l’âge de voter ?
Pour nous prouver que tout est faisable en Guinée sans crainte et nous mettre ainsi à l’évidence de l’arrivisme des politiciens véreux, il nous a invité à son école et nous y sommes allés. Après la recréation, il demanda à ses élèves s’il y en avait parmi eux qui sont programmés ce jour pour le recensement. Les enfants ont tous répondu qu’ils n’y a plus personne. L’enseignant continue : alors si c’est vrai montrez-moi nos récépissés. Nous sommes resté pantois quand une quarantaine d’être eux ont plongé les mains dans les sacs pour sortir et exhiber leurs récépissés. Ceux qui ne l’avaient pas montré ont laissé les leurs à la maison avec les parents. Nous avons regardé les dates de naissance. Incroyable mais vrai, ils ont tous 18 ans sur le récépissé.
Alors comment une telle fraude massive s’organise ?
Trois acteurs clé : le directeur de l’école, le chef de quartier et les agents  chargés du recensement.
Le temps réservé au recensement de ces mineurs était 10h. Après la recréation, le directeur désigne un groupe d’élèves  pour lesquels le staff du chef de quartier remplit les certificats de résidence en falsifiant, bien sûr, les dates de naissance pour qu’elles soient conformes à la loi. Les enfants se mettent ensuite en rang et les agents les enrôlent comme les autres citoyens. Les informations sont correctes et attestées par le chef de quartier. Alors les agents qui ne connaissent pas souvent le quartier ne pouvaient qu'exécuter  même si en toute connaissance de cause et peut être corrompus pour accomplir cette salle mission. Et toutes les conditions étaient réunies pour qu'ils soient corruptibles car ils n'étaient pas payés des mois durant.
Toutes ces fraudes à grande échelle sont entreprises pour gonfler les listes. Nous ne pouvons dire combien de mineurs ont été enregistrés de cette façon frauduleuse à Conakry. Et il n y a pas de doute que la même manœuvre soit exportée à l’intérieur du pays où les populations  de la campagne ne peuvent pas distinguer le recensement général qui concerne l’ensemble de la population et celui destiné à ceux qui  ont exclusivement l’âge légal de voter c'est-à-dire 18 ans.
Nous pour notre part, nous n’avons jamais cessé de dénoncer cette pratique mais les leaders d’opinions et surtout les hommes politiques que nous avions interpelé (comme en témoignent les derniers paragraphes de ce billet récent) pour que soient prises des mesures qui s’imposent, ont fait la sourde oreille car cette nouvelle forme de fraude est organisée et financée par la plupart d’entre eux.
Alors maintenant nos craintes sont devenues une patate chaude. Non seulement les électeurs potentiels ne sont pas inscrits, les fichiers déjà élaborés sont entachés de fraude : les mineurs voteront sans faute ! Les politiciens pleurent.

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