14 octobre 2010

De la rive gauche à la rive droite, la traversée des guinéens sera longue.

Sangaré Bachir
Comme tout bon guinéen vous savez comme moi, le  24 Octobre prochain un président doit sortir des urnes de la CENI. En tout c’est ce que moi j’espère et je pense que bon nombre de guinéens en rêvent de cela.  Entre le premier tour tenu le 27 Juin dernier et le second tour prévu pour le 24 Octobre, il s’est écoulé  près de 4 mois. De longues minutes, d’heures voir des jours pour les deux camps, la gauche et la droite guinéenne.  Une bonne période donc pour nouer les alliances, acheter les voix, réajuster ses arguments politiques pour chaque camps. 
 
D’abord de la question des alliances. Si trop souvent en Guinée en particulier et en Afrique en général, les citoyens ont trop souvent reproché aux hommes et femmes politiques leur division, de se la jouer toujours perso, force est de constater que cette fois-ci ils ont, par intérêt-surtout- ou par convictions-un peu moins- réussi à former deux blocs difficilement classables.  Tantôt dans l’un ou l’autre camp vous trouverez des partis plus libéraux ou en tout cas avec des programmes libéraux s’allier avec un parti classé à gauche ou l’inverse.  Ce qui me pousse  à dire que c’est plutôt l’intérêt personnel des différents partis  ou du reste de l’intérêt des ténors de ces partis, qui prime sur le projet de gouvernance. S’il est difficile de savoir les concessions du parti majoritaire et de ceux qui l’ont rejoint dans chaque camp, personne n’est dupe que chaque leader ou chaque membre de l’état-major des partis alliés cherche à se caser dans la future architecture administrative du pays. En somme le partage des postes, tel un ministre, un directeur de cabinet, un ambassadeur, un préfet, un gouverneur, ect … Il y a aussi dans ces alliances la touche personnelle de ceux-là qu’on appelle les sages, vous savez, ces fameuses délégations ou comité composé de notables de chaque région administrative qui distribuent à tout va de salamaleks à tout élu guinéen ou même putschiste au non d’une soit disant cohésion nationale. C’est le cas du temps de Conté, de Dadis et de tout récemment de l’homme qui ne voulait pas le pouvoir et à qui le pouvoir a voulu, Sékouba Konaté. Autant dire qu’en Guinée on se sait plus ce que c’est qu’une élection car vous devenez président par accident. Ainsi nos sages ont pesé de tout leur poids dans les décisions et choix d’alliance de tout parti politique – même si ces décisions vont à l’encontre de la ligne politique de ceux-ci, car il faut bien se dire l’influence de ces notables dans les quartiers et villages est telle qu’il est difficile de se priver de leur soutien dans un pays où on vote toujours par appartenance ethnique d’abord, puis régionale et enfin par conviction. Dans la majorité  des cas leur appartenance ou simplement leur sensibilité pour l’un ou l’autre camp peut influer largement sur les choix de vote des populations.  

Pour ce qui est du réajustement des arguments et des stratégies de campagne, il faut noter que chacun y va de pied ferme dans la bataille pour le second tour. Si Cellou compte bien conserver sa longue avance sur Alpha, ce dernier espère bien faire déjouer les pronostics et ainsi faire comme la coalition sopi de Me Wade au Sénégal en 2000 qui, au premier tour avait obtenu 31,0% d’intention de vote contre 41,3% pour Abdou Diouf. Mais l’enjeu est de taille, car si Wade, un libéral pur et dur, a après 26 ans d’opposition su renverser Diouf  avec plus de 58% au terme du second,c’est grâce à son alliance avec Moustafa Niasse arrivé troisième avec 16,8%. Or, dans le schéma politique actuel en Guinéen, l’alliance Cellou Dalein est de loin en avance par rapport à la coalition arc-en-ciel d’Alpa Condé. Ce dernier joue toujours les prolongations pour mieux affronter son adversaire qu’il qualifie au passage de brillant, tout en dénonçant le groupe de lobbyistes qui l’entoure, pour mettre toutes les chances de son côté pour le 24 Octobre prochain. C’est  de loin gagné. Mais bon comme on aime à le dire « au bout de la patience, il y a le ciel ».  Les différents couacs à répétition au sein de la CENI portent selon la coalition Dalein, la marque des partisans de Alpha condé qui tentent par tous les moyens de retarder le second tour, au motif que ce dernier n’est toujours pas prêt pour les débats de fond. Sur la rive droite,  Les partisans  de ce fan de l’Etat guinéen, qui a passé plus d’une décennie à des postes stratégique comme les grands projets, les transports, les télécoms et la primature, sont pressés d’en découdre avec la rive gauche de celui qui veut être le Mandela guinéen. Ah kaou… Il faut comprendre la rive droite. Au vu de leur score du premier tour et leur alliance avec Sidya touré, ils  sont forcément sûrs que la victoire est dans la poche. Gonflé par leur 43.68 %, ils sont impatients de fêter leur victoire et d’installer leur champion au palais sékoutouréya. On rase tout le passé, cap sur le futur n’est-ce pas ? En parlant de futur…

Cap sur les dix prochaines années : Gouverné n’est  toutefois pas régné !

Si chaque candidat s’est engagé devant le tigre de former, une fois élu, un gouvernement d’union nationale, personne n’est dupe que c’est de la communication politique et non une priorité en soit. Car vous le savez bien que les gouvernements d’union nationale n’ont jamais  bien marché et ceux dans aucun pays. Comment voulez-vous qu’un gouvernement applique deux politiques différentes car on ne peut faire une union sans que chacun n’y apporte de son sien et en politique le sien c’est avant tout le programme, l’idéologie qui compte. On ne peut avoir un programme libéral et le faire appliquer pour des hommes de gauche. Il ne faut pas se leurrer. 

Un gouvernement d’ouverture oui, sur la base d’un accord politique. Ceux qui vont  participer  doivent  accepter de servir et d’appliquer une politique qui va à l’encontre de leur sensibilité. Un plan de gouvernance dont ils seront largement responsables et comptables de sa réussite ou de son échec. Durant ces dix prochaines années, car il faut bien qu’on se le dise celui qui sera élu ne passera pas que 5 ans, il en fera plus, la Guinée doit se réformer et cela peut importer qui sera élu. L’impérieuse nécessité de réformes s’impose. Ce qu’il faut en premier c’est de restaurer l’autorité de l’Etat, le respect de la loi, puisqu’en Guinée on ne sait plus ce qui est interdit et ce qui ne l’est pas. IL faut par la suite assainir le volumineux  et frauduleux fichier de la fonction public. L’Etat paie des fonctions décédés ou qui n’ont jamais existés à  cause des magouilles des directeurs financiers et autres comptables des différents ministères, gouverneurs et autres services de l’Etat. L’armée qui constitue le plus gros budget de l’Etat loin devant l’éducation et la santé doit se professionnaliser et les militaires doivent recevoir des cours d’éducation à la citoyenneté pour leur dire leur droit et leur devoir. Les militaires ne connaissent qu’un droit, celui de la hausse du grade et de ce qui va avec, le salaire et les primes.  La période d’instabilité politique dans la sous-région est passée et donc le budget de l’armée doit être réduit à la baisse.  Il faut par contre équiper la police, la gendarmerie et surtout donner plus de moyens humain et financier à la justice pour qu’elle face bien son travail. L’éducation et la santé doivent être au cœur des réformes à mener pour que notre pays puisse connaitre un mieux-être, un environnement sain et une éducation accessible de qualité ce, du primaire au à l’université en passant par les formations professionnelle. L’enseignent primaire doit être gratuit ceci pour mieux alphabétiser la population, accentuée et mieux adaptée la formation professionnelle des jeunes pour le marché du travail. Seul un enseignement de qualité pourra sortir la Guinée de cette misère et nous permettre enfin de profiter des  immenses ressources  du pays. La lutte contre la corruption doit faire l’objet d’une grande fermeté de la part de l’Etat. Une commission spéciale composée de la société civile de magistrats et de policiers doit être mise en place avec le pouvoir de traduire en justice tout individu impliqué dans un processus de  corruption. L’impunité doit cesser en Guinée. Il faut que ce pays devienne un Etat de droit. La structuration du secteur informel doit et la réforme du secteur du commerce et de l’entreprenariat doivent aussi entrer dans ce vaste chantier de réformes durant les dix prochaines années ceci afin de permettre à ces deux secteur de créer d’emplois, de créer de la richesse et tirer l’économie guinéenne.  

J’ose espérer pour ma part que la Guinée après toutes ces années d’instabilité politique et sociale, ne connaitra pas le syndrome mauritanien et que le vainqueur qui sortira des urnes le 24 Octobre prochain dans la transparence doit être en mesure de rassembler les guinéens autour d’un projet juste pour bâtir enfin une nation, un Etat juste. 

De toute évidence, celui qui sortira gagnant de cette élection, ne le devra qu’au peuple de Guinée tout entier et doit faire tout pour que ce peuple s’épanouisse et non pas user de son pouvoir pour opprimer les guinéens en instaurant une autre dictature. Au peuple de guinée de savoir  tout pouvoir est méchant dès qu'on le laisse faire; tout pouvoir est sage dès qu'il se sent jugé. Le sens du critique doit donc être notre force pour contrer tout dérapage et toute tentative d’abus de pouvoir.

SANGARE Bachir
Montpellier, France

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